Le Bangladesh prépare une feuille de route nationale pour sa filière cuir et chaussure
Feuille de route opérationnelle annoncée à Dacca, cadre national de traçabilité en préparation : un tournant revendiqué pour le 8e producteur mondial de chaussures, encore loin d'avoir fait ses preuves sur le terrain.
DACCA — 26 septembre 2026 — Derrière les étiquettes de nos sneakers travaille un pays que l'Occidental lit rarement en clair. Le Bangladesh, qui se positionne officiellement comme le 8e producteur mondial de chaussures et le 9e marché de consommation, a choisi son salon professionnel annuel pour annoncer un chantier de modernisation institutionnelle de toute sa filière cuir et chaussure.
Le secrétaire d'État au Commerce, Ataur Rahman Khan, a déclaré le 24 septembre que le projet de feuille de route opérationnelle serait publié sur le site du ministère pour recueillir les retours des industriels. Un comité interministériel de haut niveau, présidé par le ministre du Commerce et formé sur directive du Premier ministre, doit piloter la démarche. En parallèle, le ministère prépare un cadre pour une conduite responsable des affaires et un cadre national de traçabilité, explicitement destinés aux exigences des donneurs d'ordre internationaux — Union européenne, États-Unis, Japon.
La filière concernée a l'échelle d'un pays : environ 5 500 petites fabriques de chaussures côtoient de grandes unités d'exportation modernes, et la production nationale de cuir brut et tanné est estimée à 270 millions de pieds carrés par an, majoritairement exportée vers l'Italie, la Corée du Sud, le Japon et la Chine. L'annonce a été faite en présence des dirigeants de la Bangladesh Tanners Association et de la société des ingénieurs et technologues du cuir.
Le contexte donne à l'annonce sa vraie portée. Le Bangladesh veut monter en gamme et dépasser son image d'atelier à bas coût ; la traçabilité n'y est plus une option marketing mais un critère d'accès aux marchés occidentaux, dans un environnement réglementaire européen de plus en plus exigeant sur les chaînes d'approvisionnement. Le pays arrive aussi avec un passif écologique lourd — ses tanneries, regroupées à Savar, ont accumulé des décennies de retards environnementaux majeurs que ce cadre de traçabilité prétend précisément corriger.
Pour le lecteur, la leçon est géographique : le cuir et l'assemblage de nos chaussures quotidiennes dépendent d'un écosystème mondial où les normes écologiques et la traçabilité décident désormais de la survie de milliers d'ateliers.