Luxe / Industrie

Gucci fait fabriquer en Chine les sneakers de sa collection Primavera

La Drip, premier modèle de sneaker conçu par Demna pour la maison, porte l'étiquette « Made in China ». Une rupture symbolique pour une griffe bâtie sur le « Made in Italy » — et une question posée à voix haute : que paie l'acheteur, le geste ou le blason ?

Vue de profil de la sneaker Gucci Drip
Image distante non chargée (hors ligne) — voir l'URL source ci-dessous.
La sneaker Gucci Drip, vue de profil : l'empeigne technique sans lacets et la semelle sculptée du premier modèle de sneaker conçu par Demna pour Gucci, désormais étiqueté « Made in China ». Crédit : Gucci / Facebook via Reuters / FashionNetwork · source

Sur les étagères du magasin Gucci de Paris, une étiquette a suffi à faire vaciller une tradition. Les nouvelles sneakers de la collection Primavera — dont la Drip, un modèle futuriste sans lacets présenté par le site de la marque comme la première sneaker de Demna pour Gucci — portent explicitement la mention « Made in China ». Reuters l'a constaté physiquement sur les paires exposées, et les fiches techniques du site marchand Gucci le confirment. Un second modèle de la collection, un slip-on en cuir, affiche la même origine.

La maison n'a pas laissé le silence s'installer. Dans une déclaration officielle transmise à Reuters, Gucci justifie le recours à un fabricant chinois spécialisé par des « compétences technologiques et des capacités de production spécifiques » requises par le design de la chaussure, tout en affirmant que l'Italie « sera toujours au cœur du modèle de fabrication et de l'identité de Gucci ».

Le positionnement tarifaire reste résolument luxueux : la Drip s'affiche autour de 800 € en Europe et 1 000 $ aux États-Unis. Un prix plus accessible que d'autres souliers de la maison, mais qui maintient la paire dans un segment où l'origine de fabrication participe traditionnellement de la valeur perçue.

Le fait doit être lu à deux échelles. À l'échelle industrielle, il entérine une évidence : la sneaker technique, sans lacets, à empeigne sculptée, est un terrain où le savoir-faire chinois est mondialement reconnu — ce n'est ni une nouveauté ni un secret. À l'échelle symbolique, en revanche, la rupture est réelle : le « Made in Italy » était le contrat moral tacite qui accompagnait les prix à trois et quatre chiffres des maisons florentines et milanaises. Ce contrat vient d'être explicitement renégocié par l'une d'elles.

Pour le lecteur, la conséquence est concrète : l'étiquette ne peut plus être présumée sur la seule foi du blason. Inspecter l'étiquetage d'origine avant l'achat devient un réflexe nécessaire dans le luxe comme ailleurs, et la question du juste prix — rareté de fabrication ou marge de marque — se pose désormais à voix haute.

Poursuivre la lecture dans les archives →